Un siècle de Fisher: Analyse de Variance et études d’héritabilité de la publication de « The correlation between relatives… » à nos jours

L’institut de biologie de l’ENS organise le jeudi 12 et le vendredi 13 septembre un atelier pour une analyse critique de l’article fondateur de Fisher .

Présentation de l’atelier (l’argumentaire)

En 1918, Ronald Fisher publie dans les Transactions of the Royal Society of Edinburgh, un article intitulé –  « XV.—The correlation between relatives on the supposition of Mendelian inheritance (52:499-533) ». En dépit d’un titre qui peut sembler aujourd’hui énigmatique, le travail qu’il présente va connaître une postérité remarquable. Cent après sa publication, cet article reste très souvent cité. Les innovations qu’il contient continuent de jouer un rôle important dans de nombreux domaines, aux premiers rangs desquels les statistiques et la génétique – évolutive, végétale, animale et humaine.

Deux innovations majeures sont généralement mises au crédit de ce texte :

  1. Il fonde l’analyse des causes de variabilité d’un phénomène sur une décomposition de la variance
  2. Il attribue la variation d’un caractère continu aux effets individuellement faibles d’un grand nombre de « facteurs mendéliens » (modèle dit « polygénique »).

Cent ans après sa publication, cet article et les innovations qu’il contient occupent également une place centrale dans une série de controverses scientifiques, dont certaines ont des résonances sociétales importantes : usages de la mesure d’héritabilité, « gènes de l’intelligence », etc. Ces controverses se sont également traduites par de fortes oppositions à l’intérieur de différents champs scientifiques concernant le niveau de simplification acceptable dans un travail de modélisation du vivant et des transmissions intergénérationnelles.

En dépit de tout ceci, on ne compte plus le nombre de travaux publiés dans les plus grandes revues scientifiques qui utilisent le modèle polygénique (ou ses évolutions), sans discussion aucune. Les critiques sont difficiles et souvent confinées à des espaces scientifiques dont les débats ne sont que rarement médiatisés. L’émergence d’alternatives est compliquée par la position hégémonique du modèle. Ce dernier impose pourtant des contraintes fortes sur les cadres de pensées et les formes de raisonnement des chercheurs, qui ne sont pas sans conséquences sur les évolutions des disciplines concernées et sur les effets sociaux des savoirs produits.

Alors que la production de Big Data et les enjeux conceptuels autour de leur analyse mobilisent de plus en plus de chercheurs dans les sciences de la vie et en biomédecine, cet atelier propose de profiter du centenaire de la publication de cet article, pour mener une réflexion pluridisciplinaire associant des chercheurs en sciences sociales (philosophie, histoire et sociologie des sciences) et des chercheurs en génétique issus de différents domaines (évolutive, animale, végétale, humaine).

 Notre projet est de revenir au texte en croisant des travaux socio-historiques sur les conditions de sa production, sur sa trajectoire et celles des outils qu’il a proposés et des analyses sur ses usages actuels – y compris son « évitement » lorsque le texte est convoqué sans confrontation précise avec son contenu –  et les controverses qu’il peut susciter. L’ambition de ce travail est ainsi de dégager un espace de discussion critique et innovant, informé des développements les plus récents dans les différents domaines mis à contributions : génétique évolutive, génétique humaine, histoire et sociologie des sciences.

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